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La campagne de France et ses conséquences

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Le Conseil général de l'Aube met à disposition de tous un visuel "Aube Napoléon 2014" pouvant être utilisé pour la communication de tout événement se rapportant à Napoléon et se déroulant dans l'Aube en 2014.

La campagne de France de 1814

Près de 1 700 km en deux mois ! C'est la distance parcourue par les troupes françaises lors de la campagne de France de 1814. A travers l’Aube, la Marne, l’Aisne et la Seine-et-Marne, armées françaises et armées alliées vont se livrer à une course-poursuite à travers la Champagne, jalonnée d’escarmouches et de batailles rangées. Napoléon cherche désespérément à empêcher les Alliés d’opérer leur jonction et de fondre sur Paris.

Suite au désastre de Russie en 1812, la Grande Armée, sérieusement affaiblie, s’est repliée en Allemagne. Napoléon y réorganise ses forces, tandis que les Alliés se mobilisent. Prussiens, Autrichiens, Suédois et Russes contraignent Napoléon à se replier de Leipzig (bataille des Nations, les 16-19 octobre 1813). Vaincu, l’Empereur ne compte plus que 70 000 hommes. Les Alliés ne veulent pas attendre que Napoléon reconstitue ses troupes. Ils lancent une campagne hivernale et franchissent le Rhin…la campagne de France débute.

Au cours de cette campagne de France, le génie tactique de Napoléon parvient à repousser l’échéance. Grognards épuisés et jeunes conscrits de 16 ans (les « Marie-Louise », du nom de l’impératrice), pensionnés et réservistes, gardes forestiers et gendarmes, douaniers et gardes nationaux composent cette armée sous-équipée et mal préparée. L’Empereur ne compte que 110 000 hommes à peine. Une bonne partie des troupes est en effet encore piégée dans des forteresses allemandes, et une armée bataille toujours dans le sud de la France, pour contrer l’avancée britannique qui a libéré l’Espagne.

Les enjeux, les adversaires

Napoléon cherche principalement à empêcher ses adversaires, forts de plus de 220 000 hommes, d’opérer leur jonction :

  • L’armée du Nord, menée par Bernadotte – ancien maréchal d’Empire, devenu roi de Suède et passé dans l’autre camp, entre par la Belgique.
  • L’armée prussienne (armée de Silésie), menée par Blücher, entre en France par la Lorraine et s’empare de Metz.
  • L’armée autrichienne (armée de Bohême) de Schwarzenberg, entrée en France par les Vosges, remonte sur le plateau de Langres.

Les Alliés envisagent de se rejoindre sur la Marne, avant de marcher sur Paris. La campagne se joue sur les ponts : sur la Seine, la Marne, et l’Aube.

L’objectif principal des Français vise à sauver les conquêtes de la Révolution française, à savoir une frontière allant jusqu’au Rhin.

Pour cela, Napoléon va devoir avant tout couper la route de Paris. Il quitte les Tuileries le 25 janvier 1814 pour se porter aux devants de ses adversaires. Il divise ses troupes. Un cordon d’environ 70 000 hommes protége la capitale. 30 000 à 40 000 hommes forment une armée mobile autour de Napoléon.

Blücher et Schwarzenberg, les adversaires de la campagne de France

Gebhard Leberecht von Blücher (1742-1819)
Né à Rostock, Blücher débute sa carrière dans l’armée suédoise, avant d’être recruté de force dans l’armée prussienne. Il y devient capitaine, avant de démissionner en 1773. Il est rappelé en 1786 et participe aux combats sur le Rhin, dans les guerres de la Révolution puis de l’Empire. Prisonnier à Lübeck (1806), après les batailles d’Iéna et Auerstaedt, il reçoit en 1813 le commandement des armées prussiennes et s’impose à Katzbach, favorisant la grande victoire de Leipzig (octobre 1813). Promu feld-maréchal, il mène les armées prussiennes pendant la campagne de France. En 1815, il est battu à Ligny, mais son intervention à Waterloo, où il contre la stratégie du général Grouchy, renverse le cours de la bataille.

Prince Karl Philipp von Schwarzenberg (1771-1820)
Issu d’une des plus anciennes familles d’Autriche, Schwarzenberg s’engage dès 1787 dans l’armée autrichienne où il combat les Turcs (1789). Officier de cavalerie remarqué, il participe à de nombreuses campagnes contre Napoléon, couvrant avec efficacité la retraite des siens à plusieurs reprises (Hohenlinden 1800, Ulm 1805, Wagram 1809). Vice-président du conseil de guerre, il joue également un rôle diplomatique majeur. Il négocie le mariage de Napoléon avec Marie-Louise d’Autriche puis influe sur la campagne de Russie de 1812 en retirant ses troupes des rangs français. Promu feld-maréchal en août 1813, puis commandant en chef des forces alliées, il remporte la bataille de Leipzig (octobre 1813) puis mène les troupes autrichiennes et russes lors de la campagne de France.

Le déroulement du conflit

Bataille de Brienne
La bataille de Brienne-le-Château, 29 janvier 1814. Reproduction d’une gravure de Th. Yung (XIXe siècle). Napoléon et son armée manquent de surprendre Blücher au château de Brienne. Le Prussien parvient à s’échapper et à déplacer son parc d’artillerie à Trannes, après avoir fait incendier la ville. © Archives départementales de l’AubeLa bataille de Brienne-le-Château, 29 janvier 1814. Reproduction d’une gravure de Th. Yung (XIXe siècle). Napoléon et son armée manquent de surprendre Blücher au château de Brienne. Le Prussien parvient à s’échapper et à déplacer son parc d’artillerie à Trannes, après avoir fait incendier la ville. © Archives départementales de l’Aube

Fin janvier, Blücher occupe Brienne-le-Château avec 60 000 Russes et Prussiens, Schwarzenberg s’installe à Bar-sur-Aube d’où il a délogé le maréchal Mortier, avec 160 000 Autrichiens et Russes. Napoléon lance les hostilités en usant de la même tactique, si efficace, de la campagne d’Italie. Il cherche à diviser ses ennemis, afin de les affronter tour à tour. Napoléon joue la carte de l’audace. Ainsi, il n’hésite pas à attaquer en infériorité numérique, ou à prendre l’ennemi sur ses arrières.

La Rothière
La bataille de La Rothière, 1er février 1814. Victorieux à Brienne, Napoléon reçoit des renforts avec l’arrivée du général Marmont, en provenance de Troyes. Dans ce laps de temps, les Alliés prussiens et autrichiens opèrent leur jonction dans la plaine de La Rothière. Napoléon n’a d’autre choix que d’accepter le combat. Malgré une belle résistance des « Marie-Louise », l’armée française se replie. © Fondation ThiersLa bataille de La Rothière, 1er février 1814. Victorieux à Brienne, Napoléon reçoit des renforts avec l’arrivée du général Marmont, en provenance de Troyes. Dans ce laps de temps, les Alliés prussiens et autrichiens opèrent leur jonction dans la plaine de La Rothière. Napoléon n’a d’autre choix que d’accepter le combat. Malgré une belle résistance des « Marie-Louise », l’armée française se replie. © Fondation Thiers

 

Les batailles s’enchaînent alors :
Le 29 janvier, Napoléon manque d’intercepter Blücher à Brienne. Le Prussien, qui échappe de justesse aux troupes françaises au sein même du château, se retire à Trannes, avec son parc d’artillerie. Napoléon reprend le château, y installe son état-major pour attendre les troupes du général Marmont, basées à Troyes. Mais dans l’intervalle, Schwarzenberg et Blücher se rejoignent.

Le 1er février, Napoléon n’a d’autre choix que d’accepter le combat dans les plaines de La Rothière, à 40 000 contre 150 000. Malgré une résistance héroïque des « Marie-Louise », Napoléon doit se replier. Les Alliés, peut-être trop confiants ou en désaccord, divisent à nouveau leurs forces. Blücher remonte la Marne vers Paris.

Les combats s’enchaînent : Lesmont, Piney… Napoléon passe trois jours à Troyes et remonte vers Nogent-sur-Seine pour couper la route de Blücher. Il y prépare son plan de bataille.

Le 10 février, l’Empereur remporte la victoire à Champaubert, puis le 11 à Montmirail, le 12 à Château-Thierry, le 14 à Vauchamps, notamment grâce aux charges de cavalerie du maréchal Ney…

A marches forcées, il doit encore se porter au-devant des Autrichiens, qui ont fait mouvement. Il bat Schwarzenberg le 16 à Guignes, le 17 à Mormant et le 18 à Montereau… Les Autrichiens se replient sur Troyes. Cette série de succès se termine par l’incendie de Méry-sur-Seine et la destruction du pont, pour couper la route des Prussiens.

L’armée repart vers le sud et Napoléon arrive à Troyes pour quatre jours (23-26 février). Pour préparer au mieux le congrès de Châtillon, Napoléon tente de piéger Blücher près de Bar-sur-Aube. Le 27 février, une bataille violente s'y déroule, opposant des Marie-Louise et des vétérans d'Espagne menés par Oudinot à l'armée de Bohême. La stratégie échoue.

Puis, retour vers le nord. Berry-au-Bac (5 mars), Craonne (7 mars) sont des victoires, mais la campagne de France bascule avec la lourde défaite de Laon (9-10 mars). Bien installé dans la forteresse, Blücher y compte 85 000 hommes ; les Français, 37 000. Peu avant, la défaite de Laubressel (3 mars) où Schwarzemberg surprend des troupes des maréchaux Oudinot et MacDonald brise la ligne de défense sur l’Aube.

Laubressel
Bataille de Laubressel, 3 mars 1814. Les troupes autrichiennes de Schwarzenberg, fortes de 30 000 hommes, affrontent à Laubressel les 20 000 soldats français du maréchal MacDonald et du général de Rottembourg. Ce dernier, à la tête de la Garde, repousse les troupes du prince Gortschakoff. © Fondation ThiersBataille de Laubressel, 3 mars 1814. Les troupes autrichiennes de Schwarzenberg, fortes de 30 000 hommes, affrontent à Laubressel les 20 000 soldats français du maréchal MacDonald et du général de Rottembourg. Ce dernier, à la tête de la Garde, repousse les troupes du prince Gortschakoff. © Fondation Thiers

 

Pendant que Napoléon recule jusqu’à Soissons et reprend Reims, Schwarzenberg avance au sud. Le prince de Wurtemberg incendie le château de Pont-sur-Seine tandis que l’armée autrichienne prend Nogent-sur-Seine (19 mars).

Napoléon doit à nouveau prendre le chemin du sud. Ses 30 000 hommes affrontent 100 000 Autrichiens à Arcis-sur-Aube (20-21 mars). Battu, l'Empereur parvient à franchir la Seine sur un pont de fortune et se replie sur Saint-Dizier, espérant attirer l’armée alliée derrière lui et mobiliser contre elle de nouvelles troupes des forteresses de l’est.

Malheureusement, les Alliés foncent sur Paris. Les débris de l’armée française, commandés par les maréchaux Mortier et Marmont, résistent comme elles le peuvent face à 200 000 hommes le 25 mars à La Fère-Champenoise, puis le 30 sur les hauteurs de Montmartre. Pendant ce temps, Napoléon tente de rejoindre la capitale. Il arrive trop tard. Paris s’est rendu le 31 et Napoléon est contraint d’abdiquer sans condition le 6 avril.

Des conséquences locales désastreuses

Cosaques
Expédition de cosaques près de Brienne le 28 janvier 1814. Gravure du XIXe siècle. Réquisitions, pillages et violences laissent de lourdes traces dans les esprits des Aubois. Le comportement des Cosaques fera notamment l’objet de nombreuses images d’Epinal. © Archives départementales de l’AubeExpédition de cosaques près de Brienne le 28 janvier 1814. Gravure du XIXe siècle. Réquisitions, pillages et violences laissent de lourdes traces dans les esprits des Aubois. Le comportement des Cosaques fera notamment l’objet de nombreuses images d’Epinal. © Archives départementales de l’Aube

 Pillages et violences accompagnent l’avancée des troupes alliées. Si les Cosaques ont laissé le pire souvenir, il semble que les autres troupes – Prussiens, Bavarois, Wurtembergeois, Russes ou encore Autrichiens – n’aient pas été en reste. Dans les fermes, les demeures bourgeoises, les châteaux – particulièrement visés, comme à Pont-sur-Seine –, tout est emporté : nourriture, vin, vaisselle, meubles, vêtements, jusqu’aux portes et fenêtres, destinées à alimenter les feux de camps.

Le vol s’accompagne souvent de violences, contre les soldats ou les populations civiles. Femmes, enfants, religieux... personne n’est épargné. A Nogent-sur-Seine, le 17 mars 1814, les Russes, après avoir forcé les habitants à enterrer les morts de l’hospice, font ainsi brûler le bâtiment dans lequel sont enfermés les survivants. A Droupt-Saint-Basle, le 30 avril, François Nicolas Moriat, laboureur au hameau de Villiers, est torturé jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Les officiers alliés ne s’opposent guère – faute d’envie, ou de moyens – aux exactions commises par leur troupe. Il leur arrive même d’autoriser, voire d’ordonner, des opérations de pillages « officielles ». En tout, plus de deux cent villes et villages de Champagne sont ainsi mis à sac pendant deux heures, quatre heures, une journée entière, voire plus.

Pillages et actes de résistance

Affiche
Affiche signée du maire de Troyes pendant l’occupation de l’Aube par les Alliés, 28 mai 1814. Le maire de Troyes, Piot de Courcelles, appelle les habitants à la tranquillité publique avant le passage de l’empereur d’Autriche. Après l’abdication de Napoléon, de nombreuses troupes étrangères stationnent en France. Les menaces ou extorsions poussent certains habitants à des actes de vengeance. © Archives départementales de l’AubeAffiche signée du maire de Troyes pendant l’occupation de l’Aube par les Alliés, 28 mai 1814. Le maire de Troyes, Piot de Courcelles, appelle les habitants à la tranquillité publique avant le passage de l’empereur d’Autriche. Après l’abdication de Napoléon, de nombreuses troupes étrangères stationnent en France. Les menaces ou extorsions poussent certains habitants à des actes de vengeance. © Archives départementales de l’Aube

 

Ces pillages visent non seulement à satisfaire la troupe, mais également à punir les habitants ayant résisté au côté des troupes impériales, comme à Nogent-sur-Seine, Bar-sur-Aube ou encore Troyes. 

Face à ces exactions, la population tente de protéger ses biens en les enterrant. Individus et familles quittent également les localités menacées, pour s’installer à l’écart des combats, le plus souvent en forêt. Les actes de résistance civile, individuelle ou organisée, au sein des corps francs, sont une autre réponse aux exactions.  Ils visent les soldats isolés, ou en petits groupes. Edme Legrand, de Dival, n’hésite pas à abattre un cosaque près de Villenauxe. Aux environs de Piney, la ferme des Gérandots, où le fermier et ses fils attirerent des Cosaques, pour les enivrer puis les abattre, y sera surnommée le « tombeau des cosaques ». Ces faits, néanmoins exceptionnels, sont sévèrement punis lorsque leurs auteurs sont appréhendés.

Un lourd bilan

Le bilan de la campagne de France dans l’Aube est particulièrement lourd :

  • un huitième de la population décédé en moyenne – avec des pics comme à Vendeuvre-sur-Barse, qui perd un quart de ses habitants,

  • environ 5 300 maisons détruites par le feu,

  • la quasi-totalité du bétail réquisitionnée,

  • des terres restées sans culture, faute d’animaux de trait, d’instruments de labour ou de semences,

  • des industries détruites…

L’Aube met de longues années à se reconstruire. Dans certaines communes, comme Brienne-le-Château (80 maisons détruites) ou Méry-sur-Seine (300 foyers brûlés), ce n’est qu’avec l’avènement du Second empire, et le versement par Napoléon III du legs testamentaire de son oncle, que la situation sera définitivement réglée.

La campagne de France, puis les combats des Cent Jours ont contribué à la naissance de la « légende noire », surtout portée par les Royalistes et très présente dans les premiers mois ayant suivi les combats, puis de la « légende dorée », diffusée, notamment, par les vétérans de la Grande Armée et popularisée par l’imagerie d’Epinal.

De nombreuses célébrations – cavalcade historique à Arcis-sur-Aube, souscription pour l’élévation d’un monument commémoratif à La Rothière, etc. – se dérouleront lors du centenaire de la campagne de France, en 1914, bref moment d’exaltation de la geste napoléonienne… quelques mois avant le déclenchement de la Grande Guerre.

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