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La bonneterie : l'Aube, capitale de la maille

Ressources

Bibliographie

  • Collectif. – Aube. – Editions Bonneton. – 1994
  • Collectif. – Histoire de Troyes. – Editions de la Maison du boulanger. – 1997
  • Peudon, Jean-Louis. – Aux origines d’un département : l’Aube en Champagne. – Dominique Guéniot éditeur. – 2003

Liens

L’histoire de la bonneterie est intimement liée à celle du département de l’Aube. S‘appuyant sur une longue tradition de tisserands, de filateurs et de teinturiers, l’Aube a su faire preuve d’innovation technologique tout au long du XIXe siècle, au point d'être consacrée « capitale de la maille ».

Dès le Moyen Âge et au temps des foires de Champagne, Troyes et l’Aube constituent une plaque tournante du commerce des étoffes, au carrefour des Flandres et de l’Angleterre, des régions rhénanes, de l’Italie et de la Suisse.

La région auboise, ou domine l'agriculture et l'élevage de moutons, ne permet pas aux populations de vivre confortablement. La plupart des habitants sont tournés alors vers des activités de complément, principalement vers l’artisanat textile.

Au XVIIIe siècle, Troyes, ville de drapiers, subit une sévère crise du textile.

En 1700, le roi Louis XIV octroie à 17 villes l’autorisation de créer des manufactures de bas. L’Aube n’en fait pas partie, mais le châtelain d’Arcis-sur-Aube, Pierre Grassin – baron de Dienville, seigneur de Mormant –, obtient une dérogation quelques années plus tard. Un incendie a fait disparaître les installations de ses tisserands et cette autorisation permet leur reconversion. Les premiers métiers à tricoter apparaissent, dans les années 1727-1730. L’effet est fulgurant : Arcis double sa population entre 1730 et 1780.

Le métier anglais
Le métier anglais (c) Archives de l'AubeLe métier anglais (c) Archives de l'Aube

En 1746, la première manufacture de bas naît à Troyes, à… l’hôpital de la Trinité, soucieux de faire subsister les pauvres et les indigents. En 1778, on compte 2 000 métiers à tisser dans l’Aube.

La Révolution puis les guerres napoléoniennes étouffent ce premier développement, principalement par manque de matières premières. Après cette période difficile, de petits ateliers renaissent à Troyes, Arcis-sur-Aube et dans le pays d’Othe, pour produire bonnets, bas, chaussettes puis sous-vêtements et gants. Dans ce XIXe débutant à peine, l’on travaille encore avec des « métiers à bas », cadres de bois maniés à la main et au pied, inventés par l’Anglais Lee. Ces métiers ne permettent de produire que deux ou trois bas par jour, ce qui convient bien à une activité de complément.

Le tournant des années 1830

Métiers circulaires
Métiers circulaires (c) Archives départementales de l'AubeMétiers circulaires (c) Archives départementales de l'Aube

Ce sont les années 1830 qui vont tout changer pour la bonneterie troyenne, à l’image de la création de la Halle de la bonneterie à Troyes en 1837. Les filatures Douine commencent à utiliser la vapeur pour mécaniser la production. Plusieurs ingénieurs troyens fabriquent de nouveaux métiers ou perfectionnent ceux existants. Joseph-Auguste Delarothière, un mécanicien, élabore un métier à chaîne, qui combine métier à tricoter et métier à tisser (1828). Ce nouveau métier à chaîne permet de réaliser des tricots indémaillables. L’horloger Joseph-Julien Jacquin développe en 1841 un métier circulaire, à partir des premiers essais britanniques. Ce métier permet d’accroître la productivité en montant la maille en « tube ».

Buxtorf, Gillet, Poron, Cotel sont autant de noms d'Aubois à l’origine de progrès techniques. Tous ces inventeurs, issus de la serrurerie, de la mécanique, déposent de nombreux brevets et font de Troyes l’un des pôles technologiques majeurs de la bonneterie française. Ils inventent des métiers plus lourds, en fonte, mais aussi plus grands.

Cette nouvelle technologie pousse les fabricants à occuper des locaux plus vastes et à utiliser la vapeur. Les opérations sont progressivement regroupées : bobinage, finition, teinture, couture… Les premières usines, proches de l’eau et des voies ferrées, apparaissent, parallèlement aux filatures.

L'expansion du second Empire

Etablissements Mauchauffée
Etablissements Mauchauffée (c) Archives départementales de l'AubeEtablissements Mauchauffée (c) Archives départementales de l'Aube

Le second Empire offre une expansion économique d’envergure. L’exposition de Troyes, en 1860, couronne les ingénieurs troyens : si les Anglais produisent bien plus, la production auboise se distingue par sa qualité. Deux ans plus tard, le métier inventé par l’Anglais Arthur Paget, dit « métier hollandais », est perfectionné par les frères Poron dans l’Aube. Tous les autres grands acteurs du secteur, tels que Guivet, Mauchauffée, Lange ou Chauvin, suivent et achètent ou développent ce métier rectiligne, dont l’automatisme et la vitesse transforment complètement la production

La bonneterie supplante désormais les filatures ; Troyes devient le centre névralgique de cette industrie. Toute la production du département y transite. Toutefois, l'industrie reste tributaire de l’agriculture. Ainsi, moissons et vendanges font encore tourner les usines au ralenti jusqu’à la fin des années 1860...

Progressivement, la complexité des machines exige une main d’œuvre spécialisée et ce lien entre travail rural et bonneterie s’estompe. Le travail du coton devient l’activité exclusive de nombreux habitants, principalement vers Arcis-sur-Aube, Romilly-sur-Seine et le pays d’Othe. Cette conversion du monde rural est notamment la clé du succès de la firme Doré-Doré, née en 1815 à Fontaine-les-Grès, qui s’appuie sur un réseau de fabricants à domicile.

L'âge d'or de la bonneterie

A partir de 1860, l’industrie commence à se concentrer. Des dynasties patronales se forment. L’arrivée du métier britannique de William Cotton, breveté en 1864, révolutionne encore la bonneterie auboise. Couturat et Delostal développent cet outil, qui correspond à un métier « Paget » à plusieurs têtes, avec des aiguilles verticales mobiles. Léon Couturat et Louis Auger le perfectionnent en 1879-1880. Parallèlement, Linard Hubert, licencié par les frères Poron après une grève, perfectionne le métier « hollandais » chez ce même Couturat. Les deux métiers produisent en parallèle et sont complémentaires, alliant vitesse, production de masse et styles de production différents.

Si la Guerre de Sécession américaine fait exploser les prix du coton, le développement des métiers fait tout de même baisser les prix des produits et augmenter les salaires.

Fêtes de la bonneterie 1909
Fêtes de la bonneterie 1909 (c) Archives départementales de l'AubeFêtes de la bonneterie 1909 (c) Archives départementales de l'Aube

 

Ces outils nouveaux exigent des capitaux importants. Aussi passe-t-on au règne des industriels : concentration d’entreprises, première société anonyme (Mauchauffée, 1876), création d’une Chambre syndicale des ouvriers (1877), création de la Chambre syndicale des fabricants en bonneterie (1883), participation aux expositions universelles (1878, 1889, 1900), fêtes de la bonneterie (1909)… mais aussi premières grèves générales (1900). En 1914, Troyes, sur 55 000 habitants, compte 13 000 ouvriers de bonneterie  !

Cet âge d’or industriel voit aussi l’invention des premières marques, comme Petit Bateau, créée par les Etablissements Valton. En 1914, la bonneterie auboise représente la moitié de la bonneterie nationale, en chiffre d’affaires comme en effectifs. En 1930, le département compte 40 000 personnes employées dans ce secteur d’activité.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’Institut français du textile et de l’habillement est fondé à Troyes. Il accompagne les entreprises vers les avancées scientifiques en chimie et les nouvelles techniques.

Cette période glorieuse peine malgré tout à survivre aux mutations apportées par les deux guerres mondiales. Evolutions des équipements, des techniques, concurrence internationale, informatisation ou nouvelles matières, finissent par pousser les entreprises à se concentrer ou à délocaliser. En 1994, la bonneterie troyenne ne compte plus que 13 000 personnes.

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